Débuter en restauration : l’interview de Julie

C’est une chose admise : beaucoup de gens ont ce rêve secret de créer leur propre projet en restauration. Si pour beaucoup ça restera (malheureusement) à l’état de fantasme, certains sautent le pas envers et contre tout.
C’est le cas de Julie qui a décidé de se lancer dans l’inconnu en avec son food truck La Mascot’ sans aucune expérience ni formation préalable.
Avec sa petite remorque, elle sillonne les rue de Nantes en proposant des petits pains garnis qu’elle fait maison. Le tout végétarien et bio bien entendu.

la remorque de julie du food truck la mascot

Salut Julie, merci de nous partager ton expérience. Tout d’abord, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur toi ?

Salut, alors moi c’est Julie, j’ai 34 ans et j’ai débuté dans la restauration en mai 2019. Avant ça, j’ai fait pas mal de choses, notamment de la coiffure, de la sociologie, et j’ai surtout été surveillante dans un lycée pendant 6 ans.

Qu’est ce qui t’a attiré dans le fait de débuter la restauration ?

J’ai fait pas mal de choses qui m’ont intéressée mais j’ai toujours eu cette idée en tête d’avoir quelque chose à moi, une épicerie, un restaurant mais toujours un projet qui tourne autour de la restauration.
Puis j’ai commencé à pas mal remarquer les food trucks qui tournaient à Nantes et dans les festivals. Il y a plein de choses différentes, ce qui est assez cool. Et puis il n’y a pas le côté « avoir son restaurant » ; acheter ou louer des murs c’est très compliqué. J’ai donc commencé à regarder le prix des food trucks et je me suis dit pourquoi pas !

Quelles étaient tes attentes vis à vis de ça ?

Pour moi c’était surtout le côté « être à son compte ». La restauration est un choix qui s’est imposé de lui-même pour ce projet. La nourriture a une place importante dans ma vie et je voulais surtout rester dans ma propre démarche. C’est-à-dire rester dans le bio, le local et ne pas avoir à faire de concessions. Il y avait donc aussi la liberté de pouvoir être en accord avec mes idées.

Qu’est ce qui t’a fait sauter le pas ?

Je me suis toujours dit qu’il fallait que je fasse quelque chose de ma vie et, c’est peut-être un peu con à dire, mais mon contrat en tant que surveillante arrivait à son terme. Au même moment, j’ai eu une rentrée d’argent un peu inattendue, ce qui me permettait d’investir. J’ai donc écouté les gens qui m’encourageaient et je me suis lancée.
J’ai réfléchi au concept que j’allais proposer. Comme je n’ai pas de formation, je me suis tournée vers quelque chose de simple, en restant bon et avec des produits bios et facilement consommables en évènementiel.
Je me suis inspirée des Böreks parce que j’adore ça. Ça m’a beaucoup plu et j’ai commencé ma carte à partir de là mais toujours en végé.
Et de toutes façons, j’allais être au chômage pendant deux ans. J’avais l’énergie pour me lancer et un grand désir de nouveauté, donc go.

Assiette de la mascot
Le menu de ce jour : Un pain garni au potimarron et oignons confits, accompagné d’une salade de graine de sarrasin, chou rouge, tofu grillés et marrons. Eh bien c’était très bon

Comment ont été tes débuts, tu as beaucoup tâtonné ?

J’ai fait mes premiers tests chez moi avec mes colocs, mais c’est un cadre assez sécurisant.
Tout ça était inconnu pour moi. J’étais complètement dans le flou. Je n’avais pas de recettes ; et à la cuisine où je travaille [Julie fais ses préparations à pépigo. C’est un labo partagé où plusieurs entreprises de restauration travaillent en même temps ndlr] je voyais des gens faire des trucs de fou et ça m’intimidait. Et je n’avais aucune idée de comment fonctionnaient les machines professionnelles.

Je me souviens de mon premier évènement : c’était dans un lycée sur le thème « de la terre à l’assiette ». C’était très familial mais ça m’a mis une grande pression. Parce que les amis et les colocs c’est une chose, mais quand c’est avec des inconnus, alors là on est dans le concret. Mais les gens étaient satisfaits, et ça m’a rassurée.

Qu’est ce qui te plaît actuellement dans ton projet ?

Il y a beaucoup de choses. Mais la principale c’est le retour des clients. Ça fait vraiment plaisir de voir les gens qui te disent que ce que tu fais est trop bon, que la remorque est mignonne etc. Et même s’il y a une grosse charge de travail, le fait de ne plus être salariée est quand même une liberté très plaisante.
Il y a aussi le fait de faire des choses nouvelles continuellement. À chaque fois c’est une nouvelle aventure ; il y a toujours ce petit stress, cette adrénaline à chaque évènement et ça me plaît beaucoup. Même si là, je te dis ça mais demain juste avant de partir je serai plus du côté crise d’angoisse [rire]. Mais tout ça est très vite oublié pendant le service. Et même si ça ne représente que 10% du job, ça fait tellement plaisir que ça rattrape le reste des 90%.

Est-ce qu’il y a des choses qui t’ont agréablement surprise ?

En réalité, je m’attendais à plus de difficultés. Particulièrement en ce qui concerne le matériel professionnel. Mais j’ai réussi à bien m’adapter et ça, ça a été une bonne surprise. J’avais également peur de beaucoup trop passer pour une débutante, mais finalement j’ai pris en assurance plus vite que ce que je pensais.
Par contre j’avais sous-estimé la charge mentale que ça représente.

Ça rejoint justement ma prochaine question sur les difficultés que tu as rencontrées.

Bah déjà il y a cette charge mentale permanente. Je suis tout le temps en train d’y penser. Parce qu’il n’y a pas que la cuisine, il y a également tout ce qui touche à la compta etc.
Et même la cuisine et le service demandent plus de travail que je n’aurais imaginé. Pour en revenir à mon premier évènement par exemple, je ne souhaitais pas avoir d’aides. Je suis très attachée à l’idée de faire tout toute seule, de me débrouiller. Mais j’ai vite vu que ça allait être très dur de tout faire à la fois : la cuisine, l’encaissement, parler aux gens etc. J’ai donc dû demander de l’aide à une amie qui passait par là.
J’ai aussi eu du mal au début à me trouver légitime à faire payer de la nourriture. Me dire que j’allais faire payer des gens pour ma cuisine m’intimidait.
Et en plus de ça, il faut compter les difficultés financières. Car j’ai actuellement encore mes droits Pôle Emploi ; mais dès que je fais un petit chiffre, mes aides diminuent alors que tout ce que je gagne sert actuellement à payer les charges, à rembourser mes investissements, à acheter du nouveau matériel etc [Julie est en micro-entreprise, ce qui signifie que ses charges sont calculées non pas sur son résultat mais sur son chiffre d’affaire ndlr]. J’ai de l’investissement permanent, je n’arrive donc pas à me verser de salaire alors que je travaille presque 300h par mois [rires].

On voit qu’un restaurateur est de qualité quand le sel qu’il propose est lui aussi de qualité.

Est-ce qu’au vu de tout ça il y a des erreurs que tu ne referais pas ?

En réalité je trouve que j’ai fait assez peu d’erreurs, ce qui est très appréciable. Je me suis beaucoup préparée et j’ai suivi une très longue formation sur l’entreprenariat avec la BGE, ce qui m’a beaucoup aidé.
Il y a peut-être une chose que j’aurais faite différemment : c’est par rapport à pôle emploi. Quand on m’a proposé si je voulais prendre tous mes droits en capital ou si je voulais garder les mensualités, j’aurais dû tout prendre en capital. Ça m’effrayait de ne plus avoir de droits après ça, je me sentais plus rassurée. Mais en fait j’y perds car mes droits sont minorés par mon chiffre d’affaire. Alors que si j’avais tout le capital sur un compte, je pourrais me le verser petit à petit comme un salaire.
A part ça, j’ai pu faire les choses à peu près dans l’ordre.

Super, et si tout cela était à refaire, tu le referais ?

Carrément, pour le moment je suis hyper contente. Je me laisse encore un an pour voir, mais à l’heure actuelle ce que je vis est formidable.


Si vous souhaitez retrouver Julie et goûter ce qu’elle propose (ce que je vous conseille), n’hésitez pas à la suivre sur sa page facebook

Un Commentaire

  • Bravo à Julie (à qui il faut absolument rendre visite, ses pains garnis sont incroyablement bons) et merci à vous deux pour cette interview inspirante !

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